15 Décembre 2016

« CADMOS ops », toujours prêts !

Les opérations Proxima ont commencé au CADMOS ! Les ingénieurs responsables des opérations sont prêts, « CADMOS ops » est leur nom de code. Mais qu’est-ce que ça veut dire tout ça ?

Le CADMOS est le service du CNES dédié à la micropesanteur. Il intervient sur trois phases : la préparation des expériences, leur suivi opérationnel et le recueil de leurs données. Ses ingénieurs travaillent en continue, quel que soit l’astronaute qui opère les expériences dont ils sont responsables. Pour Proxima, les choses sont un peu différentes. En reconnaissance de la nationalité de l’astronaute, l’ESA a accordé au CNES une marge de manœuvre pour proposer ses propres expériences (calculée en temps-équipage et masse montante). Ce sont donc 7 volets expérimentaux qui ont été développés depuis 18 mois. Durant cette année et demi de projet, les ingénieurs français ont travaillé en étroite collaboration avec les équipes scientifiques, les industriels, les PME, les start-ups et les lycées impliqués à leurs côtés. Quelques semaines avant le lancement de Thomas Pesquet, le matériel scientifique a commencé à quitter la Terre via différents véhicules cargo.

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L'équipe du CADMOS (en polo rouge) reçoit ses partenaires Proxima Crédits : ©CNES/Frédéric Quignaux, 2016


Opérations, les sciences en action

Le lancement de l’équipage 50-51 de Thomas Pesquet depuis Baïkonour le 17 novembre a donné le top départ de la phase opérationnelle. Les « opérations » correspondent à la mise en œuvre des expériences scientifiques. Cette mise en œuvre est entièrement rédigée en amont par les responsables d’expérience du CADMOS via une procédure qui prend en compte le moindre geste à effectuer. L’astronaute a déroulé chaque procédure au moins une fois avant son lancement pour s’assurer qu’il n’y avait pas d’incompréhension. Tout est anticipé, millimétré.

Jour J en salle de contrôle

Dès le premier jour de travail de Thomas Pesquet, les équipes du CADMOS sont mobilisées. Les expériences MATISS et Aquapad inaugurent les 6 mois de mission hors du commun offerts par Proxima. Les opérations ont lieu en salle de contrôle du CADMOS (l’une des salles de contrôle du Centre spatial de Toulouse). Pour la grande première, l’effervescence inonde les couloirs. Le planning a été modifié, il y a une incertitude sur l’heure exacte de mise en œuvre de MATISS. Tout le CADMOS se tient prêt pour voir l’astronaute français déployer le dispositif de test de surfaces innovantes. Une caméra s’allume, on aperçoit Thomas flotter furtivement, suscitant un léger émoi dans l’assemblée. L’équipe scientifique de MATISS a fait le déplacement depuis Lyon pour assister à cet événement. Polo rouge sur le dos, tour de cou Proxima à portée de main, Lucie est en place. C’est elle qui est en charge de MATISS. Elle est habituée au quotidien spatial, mais cette session n’est pas tout à fait comme les autres. Autour d’elle, les « GC » (ground controllers) se sont assurés que tous les canaux de communication étaient en place. Ce sont eux qui ont la charge des infrastructures sol du CADMOS.

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La salle de contrôle du CADMOS vit à l'heure GMT Crédits : ©CNES/Sébastien Rouquette, 2016

La salle de contrôle du CADMOS vit à l'heure GMT et les jours y sont comptés sur l'année

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Salle de contrôle du CADMOS Crédits : ©CNES/Sylvain Charrier, 2016

La salle de contrôle

La salle est régie par le planning général de l’ISS, la référence absolue. On peut y lire tout l’emploi du temps de l’équipage et savoir en temps réel où chacun se situe par rapport à ses missions du jour. Sur un autre écran, l’image en direct de la station est retransmise pour faciliter le suivi des opérations. Si la salle est occupée par un grand nombre d’écrans, en réalité ses rangs ne sont jamais occupés en totalité. En effet, chaque rangée correspond à une thématique (physiologie, sciences de la matière…) et chaque poste est dédié à un projet spécifique.

« CADMOS here ! »

Pour annoncer sa présence sur les boucles de communication, Lucie annonce « CADMOS here ! ». Evidemment, les conversations se font en anglais, même si les interlocuteurs sont français, contexte international oblige. La boucle de communication principale est celle qui lie le CADMOS à l’ISS. Lucie peut entendre Thomas Pesquet parler, mais elle ne peut pas lui répondre directement. L’ingénieur du CADMOS s’adresse à Eurocom (situé à Cologne ou Munich selon les cas), qui transmet le message vers la station spatiale. Ce jour-là, l’interlocuteur Eurocom n’est autre que Léopold Eyharts, dernier français à avoir séjourné à bord de l’ISS avant Thomas Pesquet. Etre le point de contact privilégié des astronautes en vol est l’une des missions de ceux qui ont connus la réalité de l’ISS. Leur expérience est un précieux atout pour comprendre précisément les demandes et besoins en provenance de la station spatiale. Dans ce triangle communicationnel, quelques mots en français échappent parfois aux protagonistes qui reprennent immédiatement le fil de l’anglais international. Les échanges sont suivis par la NASA et Roscomos et doivent pouvoir être compris.

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Les responsables d'expérience d'Aquapad accompagnent Thomas Pesquet pendant les opérations Crédits : ©CNES/Sylvain Charrier, 2016
 

Le matériel sol permet de suivre au plus près les opérations qui ont lieu à bord de l'ISS. Ici, la procédure et la trousse d'Aquapad.

Les ingénieurs aux manettes

Lorsque les opérations se déroulent comme prévu, on dit qu’elles sont « nominales ». Dans ce cas, « le sol » n’a pas à intervenir. Le responsable des opérations se tient à disposition et suit le déroulement de la procédure seconde par seconde. En revanche, au moindre événement non-nominal, il entre en scène. C’est lui qui connaît le mieux l’expérience en cours. Il est donc le plus à même de trouver des solutions, de répondre aux questions de l’astronaute. Parfois et de manière exceptionnelle, s’il y a un problème complexe à résoudre, l’astronaute peut demander à entrer directement en contact avec les ingénieurs du CADMOS qui l’accompagnent.

Le saviez-vous ?


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MATISS Crédits : ©ESA/Thomas Pesquet

Trousse bleue, trousse orange ?

La plupart des trousses qui protègent et permettent de stocker le matériel scientifique sont bleues, mais celle de MATISS est orange. Cela signifie tout simplement qu'elle devra redescendre sur Terre ! Les trousses bleues sont jetées via les véhicules cargo.

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Aquapad Crédits : ©ESA/Thomas Pesquet

L'artisanat aussi est utile au spatial

Le CNES fait réaliser ses trousses par un sellier garnisseur toulousain d'après des plans de haute précision. Pour l'artisan, si les techniques sont les mêmes, les matériaux utilisés sont plus originaux : Nomex et plastazote tapissent rarement les fauteuils et autres sièges de son établi.

La procédure de MATISS n’est pas des plus ardues. L’astronaute français doit simplement déployer 4 supports de surfaces innovantes à travers la station spatiale. Autour de la salle de contrôle, les collègues curieux espèrent voir les images en direct de cette « grande première ». Lucie envoie la demande dans les boucles de communication mais à bord de l’ISS, tout ce qui n’est pas nécessaire ou préparé longtemps en amont n’a pas lieu d’être. Il n’y aura pas de vidéo pour cette fois et il faudra se contenter de la voix de Thomas qui déroule la procédure.

Finalement, quelques mots résonnent :

Finished installing the 4 Matiss containers, congratulations to everybody, experiment is running in space[1]!

Soulagement et satisfaction se font ressentir, Thomas est opérationnel, les mois à venir promettent de belles aventures professionnelles.



[1] Terminé l’installation des 4 conteneurs de MATISS. Félicitations à tout le monde, l’expérience est en cours dans l’espace !

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Les ingénieurs du CADMOS accompagnent Thomas Pesquet pendant l'expérience Sarcolab Crédits : ©CNES/Sylvain Charrier, 2016


Les premiers jours d'opérations ont suscité la curiosité des équipes

Un planning dynamique

Au deuxième jour des opérations, c’est au tour d’Aquapad d’entrer en scène. On voit encore quelques journalistes et autres collègues se presser derrière les vitres de la salle de contrôle. Parfois, les rendez-vous sont manqués. La salle de contrôle vit à l’heure GMT comme les astronautes. Si c’est un avantage indéniable pour les ingénieurs français (1 heure seulement de décalage en hiver, contre 6 pour les ingénieurs de la NASA), cela prête plus facilement à confusion. De plus, si le planning est extrêmement précis, il est ajusté au fur et à mesure de l’avancement de l’astronaute dans ses tâches. Une chose est sûre, lorsque l'astronaute entame une procédure scientifique, les équipes sol doivent être au bout du fil. Les ingénieurs en charge des opérations se tiennent donc toujours prêts.

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La salle de contrôle du CADMOS est aussi un lieu de vie pour les équipes Crédits : ©CNES/Sébastien Rouquette, 2016


La salle de contrôle est aussi un lieu de vie où les ingénieurs passent parfois de longues heures.

Des machines et des hommes

La semaine suivante, Thomas entre en piste avec MARES pour l’expérience Sarcolab. Souvent présentée comme une « chaise de torture », cette machine complexe permet de faire un ensemble de tests sur l’atrophie musculaire. Son modèle sol, installé dans les laboratoires du CADMOS, permet aux ingénieurs de faire évoluer les expérimentations qui lui sont liées, ou de trouver des solutions lorsque c’est nécessaire. MARES est une « charge utile » (payload en anglais). C’est-à-dire que c’est un équipement permanent de la station spatiale qui peut être utilisé pour différentes expériences. Aux côtés de l’équipe MARES, d’autres ingénieurs sont en opérations sur DECLIC. Pour eux, pas d’interaction avec l’astronaute, mise à part l’installation de la machine opérée par Peggy Whitson. Ce mini-laboratoire de physique qui permet d’étudier l’état super-critique des liquides fonctionne avec le seul appui des ingénieurs au sol qui lui envoient les commandes nécessaires.

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MARES en laboratoire Crédits : ©CNES/Marc NGuyen, 2016


Proxima, mission (extra-)ordinaire

Ces premières semaines d’opérations avec Thomas ont marqué une étape importante dans la vie des équipes du CADMOS. Le bon déroulement des opérations est la juste récompense des longs mois de développement qui leur ont précédé. Et même si cette phase est habituelle, la présence de Thomas Pesquet à bord de l’ISS ajoute un peu de magie pour ceux qui ont côtoyé le 10ème astronaute français un peu plus que ses camarades européens. Maintenant que la machine est lancée, il leur reste seulement quelques mois pour savourer cette mission presque comme les autres.