2 Février 2017

Prévenir les contaminations microbiennes dans un vol habité : une compétence française

Dans un vol habité, le maintien de la santé de l’équipage exige une limitation drastique de la contamination microbienne. Cette limitation concerne autant la nourriture que l’équipage ou le matériel qu’il utilise. L’eau, l’air, mais aussi toutes les surfaces, nécessitent une surveillance rigoureuse de leur qualité pour éviter toute biodégradation de l’équipement comme les moisissures. MEDES en a fait l’une de ses principales préoccupations.

Un système de détection et d’alerte

Mandaté pour développer les compétences françaises en médecine et physiologie spatiales, MEDES conduit plusieurs projets associant le CNES, le secteur industriel, des laboratoires et des partenaires académiques. « L’objectif majeur est de prévenir, surveiller, contrôler et d'apporter les mesures obligatoires en cas de risque potentiel. Il s’agit de constituer un véritable système de détection précoce et d’alerte face au risque microbien » explique Audrey Berthier, chef de projet MEDES.

Ainsi, le projet MiDass développé par BioMérieux, leader mondial en matière de détection microbienne, pour l’ESA vise-t-il à développer un système totalement automatique de surveillance de la qualité microbienne pour tout ce qui concerne l’air, l’eau et les surfaces. La prochaine étape attendue est celle de la spatialisation, c’est-à-dire l’adaptation du système à un environnement spatial.

Détection microbienne et recyclage l’eau

En parallèle, MEDES et le CNES travaillent toujours avec BioMérieux sur la solution Aquapad pour la détection microbienne de l’eau, projet testé dans le cadre de la mission Proxima.

Une autre expérience, Matiss, réalisée également pour la mission Proxima, vise à tester des surfaces innovantes pour limiter l’adhésion des microbes en micro-gravité. Ces recherches concernent en particulier des lieux où se fixent les bactéries, comme les gros racks inamovibles ou encore les remous de la ventilation. Ce projet est porté par l’ENS Lyon avec la contribution du CEA et de Saint-Gobain.

Plus généralement, la France possède des acteurs d'excellence dans le domaine du support vie. Ce domaine inclut l'optimisation de la gestion des ressources en vol (eau, air, nourriture) et les techniques associées telles que le recyclage de l'eau, le traitement des déchets, la fixation du CO2, la production d’oxygène, le recyclage de l’azote... Des technologies de recyclage de l’eau (Société Firmus par exemple) sont proposées aux futurs vols d'exploration. L’utilisation de microalgues dans le cycle du carbone et de l’oxygène est également un point fort (Université de Nantes). Depuis plus de 25 ans, plusieurs acteurs français d'excellence (Universités Clermont Auvergne, Nantes, société Sherpa Engineering) sont impliqués dans Melissa. Ce projet de l'ESA vise à développer un système de support vie biorégénératif, c’est-à-dire autosuffisant, assurant les fonctions de recyclage et de production de nourriture et recréant ainsi un écosystème clos. Toujours dans l’objectif de réduire au maximum la masse embarquée, recycler l’eau, les emballages… s’avère incontournable. Le maximum doit être récupéré, transformé. Dans cette optique, les emballages plastiques, non recyclables, sont prohibés. D'autres acteurs français sont impliqués sur ces activités de support vie comme par exemple Airbus Defence and Space ou encore la Comex.

Des applications innovantes pour le terrestre

Toutes ces compétences ne sauraient servir uniquement le milieu spatial. Elles intéressent de nombreux secteurs, comme par exemple les transports, l'hygiène industrielle, l'agro-alimentaire, la prévention des maladies nosocomiales pour le secteur hospitalier, et plus généralement les secteurs impliqués dans le développement de technologies pour l'économie circulaire, le recyclage. « Les applications sont particulièrement nombreuses. C’est une logique d’innovation que nous poursuivons, sur des défis à la fois spatiaux et terrestres » se réjouit Audrey Berthier.